Archive for the ‘Poèmes’ Category
Georges brassens – Les philistins (chanson + texte de Jean Richepin)
Philistins, épiciers
Tandis que vous caressiez,
Vos femmes
En songeant, aux petits
Que vos grossiers appétits
Engendrent
Vous pensiez, Ils seront
Menton rasé, ventre rond
Notaires
Mais pour bien vous punir
Un jour vous voyez venir
Sur terre
Des enfants non voulus
Qui deviennent chevelus
Poètes
Le corps en laisse – Mes petits textes courrent
Le corps en laisse,
10 heures par jour.
Mon cœur empeste,
privé d’amour.
Tout les soirs, mon cœur s’envole comme un faucon.
Il embrasse tout.
Tout les matins, il se cristallise comme un flocon.
Il devient moue.
La porte fermé, la fenêtre ouverte,
s’envolent mes heures.
Et voici mon temps précieux et ma jeunesse offerte
aux pires voleurs.
Philistins, épiciers,
de leurs geules immodes, il mange tout.
Et moi le lâche*, je me laisse crussifié.
Il mange mon cerveau ,je devient fou.
* Texte écrit à la glorieuse époque où j’étais salarié
Cadeau-de-Noël – Mes petits textes courrent
Je l’appelle Cadeau-de-Noël, avec sa petite tête de salope.
Cadeau-de-Noël, tête de salope
A poile sur mon lit
Ruban rouge et gros noeud
Pas d’emballage
genre écolo
Cadeau-de-Noël, tête de salope
Un piège à loup
Une galipette
Un bisous saoul,
sous tes dessous
Le moralisateur – Mes petits textes courrent
Tu l’as sauté ?
T’es bien avancé
Elle t’a mordu
Tu l’as un peu dans l’cul
Elle t’a griffé
Elle t’a marqué
Tu l’as bien cherché
Ok, T’es un baiseur
Mais t’es aussi un menteur
T’es un salop
Un coup d’épée dans l’eau
Elles t’ont baisé ?
T’es bien avancé
La valse à 10 temps – Mes petits textes courrent
La décadanse c’est comme le décathlon ou le décimètre… Mais ça danse, la valse à 10 temps.
Boris Vian – Quand j'aurais du vent dans mon crâne (vidéo et paroles)
Quand j’aurai du vent dans mon crâne
Quand j’aurai du vert sur mes osses
P’tet qu’on croira que je ricane
Mais ça sera une impression fosse
Car il me manquera
Mon élément plastique
Plastique tique tique
Qu’auront bouffé les rats
Ma paire de bidules
Mes mollets mes rotules
Mes cuisses et mon cule
Sur quoi je m’asseyois
Mes cheveux mes fistules
Mes jolis yeux cérules
Mes couvre-mandibules
Dont je vous pourléchois
Mon nez considérable
Mon coeur mon foie mon râble
Tous ces riens admirables
Qui m’ont fait apprécier
Des ducs et des duchesses
Des papes des papesses
Des abbés des ânesses
Et des gens du métier
Et puis je n’aurai plus
Ce phosphore un peu mou
Cerveau qui me servit
A me prévoir sans vie
Les osses tout verts, le crâne venteux
Ah comme j’ai mal de devenir vieux.
Boris Vian
Têtes raides (Boris Vian) – Je voudrais pas crever (vidéo et paroles)
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d’argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d’égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu’on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j’en aurai l’étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j’apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d’algues
Sur le sable ondulé
L’herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L’odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l’Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J’en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu’on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir
Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s’amène
Avec sa gueule moche
Et qui m’ouvre ses bras
De grenouille bancroche
Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d’avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu’est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir goûté
La saveur de la mort…
Guillaume APOLLINAIRE – Poèmes à Lou – Si je mourais là-bas…
Si je mourais là-bas…
Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur
Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l’étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
Comme font les fruits d’or autour de Baratier
Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants
Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l’onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L’amant serait plus fort dans ton corps écarté
Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
- Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur -
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
Ô mon unique amour et ma grande folie
a nuit descend
n y pressent
n long destin de sang
Recueille : Poèmes à Lou
Titre : Si je mourais là-bas… (composé en janvier 1915)
Auteur : Guillaume APOLLINAIRE
Interprétation Jean Ferrat
Pourquoi cette oeuvre me fait vibrer ?
En décembre 1914, Guillaume Apollinaire voit sa demande d’intégrer l’armé française accepté. Se qui engage d’ailleurs une procédure de naturalisation. (Il est issu d’une mère polonaise et d’un père Italien)
Effectivement, qu’un gars puisse intégré l’armé par amour de sa patrie d’accueil – pour la défendre – je trouve ça noble et beau.
Que l’armé en revanche accepte la candidature d’un tel talant et risque sa vie, c’est complètement con. Utiliser un artiste pour faire la guerre, ça me semble a peu près aussi stupide que de demander à un boulanger de refaire l’électricité de la sale de bain. Et encore, ça se discute. C’est peu être encore plus con. Parce que des gens qui arrive à écrire des trucs aussi cool, c’est vraiment rare. Bref…
Même à la guerre, il reste amoureux de Lou d’un part et un poète d’autres part.
Visiblement, son amour pour Lou et son quotidien de soldat l’inspire !
Il lui écrit donc des lettres qui sont en fait des poèmes avec ou sans titre, dont le magnifique “Si je mourais là-bas…”
On nous décrit Lou comme une grande séductrice, intelligente et très belle, issu de la noblesse, fraichement divorsé et menant une existance volage. Comme je je le comprend de tomber amoureux d’une telle femme ! Il aurait probablement baisé ensemble, mais elle ne tombera jamais amoureuse de lui. La frustration que celà engendre est probablement le terraux parfait – pour un poète – de sentiments forts et donc de grandes oeuvres.
Blessé à la tempe par un éclat d’obus le 17 mars 1916, il retourne à Paris en convalescence. Le poeme si dessus ayant été composé en janvier 1915, on en comprend l’aspect prophétique et la sincérité !
